Un discours hypnotique ?

Discours télévisé d'Emmanuel Macron

Le discours hypnotique d’Emmanuel Macron

L’hypnose conversationnelle est une puissante technique de communication et sa particularité est d’être obtenue durant une « conversation » apparente (ou un discours comme ici) qui, en réalité, est une induction hypnotique. Cette technique est régulièrement utilisée par les hommes politiques (B. Obama était un maître en la matière) ou les commerciaux pour convaincre.

Mais également dans le domaine thérapeutique où, en toute bienveillance, elle permettra une préparation à l’état hypnotique. (Le thérapeute n’est pas là pour vous convaincre de quoi que ce soit, mais pour  vous accompagner dans un cheminement intérieur, un objectif personnel)

Les personnes sont alors plus “ sensibles ” aux arguments énoncés et lâchent prise plus facilement. Le message est alors intégré de manière consciente et inconsciente.

Dans le dernier discours d’Emmanuel Macron (16 mars 2020), on peut remarquer différents éléments d’hypnose conversationnelle.

Je précise que cet article n’a pas pour but de transmettre un avis politique, mais uniquement d’analyser le contenu et la forme du discours. Cette analyse se veut non exhaustive, le but étant de vous faire remarquer quelques techniques parmi d’autres afin que vous puissiez à l’avenir vous amuser à les repérer vous-même.

Tout d’abord, commençons par la structure du discours

Au tout début E. Macron énonce un certain nombre de faits. Jeudi soir, je me suis adressé à vous… Le gouvernement a pris, […], des dispositions fermes pour freiner la propagation du virus. Les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, les universités sont fermés depuis ce jour.[…] Jamais la France n’avait dû prendre de telles décisions, évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires en temps de paix.”

Il énonce des faits indéniables, des évidences. Ceci amène le téléspectateur à répondre inconsciemment par la positive aux différents faits énoncés. Pour ceux qui auraient des doutes, il donne de la crédibilité à son discours en faisant appel aux scientifiques (cf paragraphe sur le vocabulaire plus bas dans l’article).

Une fois ce processus enclenché, le téléspectateur aura tendance à être en accord avec la suite du discours beaucoup plus facilement. Plusieurs oui d’affilée amènent le oui (technique du yes set)

Il continue ensuite avec des remerciements, des félicitations concernant les élections qui ont pu se tenir puis enchaîne avec un rappel à l’ordre des personnes qui ne respectent pas les mesures.

Il prend une position paternaliste, infantilise le téléspectateur dans une certaine mesure en alternant félicitations/reconnaissance et remontrances. Il fait preuve d’autorité pour nous responsabiliser et nous témoigner sa confiance. Ceci permet tout simplement d’éveiller notre envie de bien faire, de rentrer dans le rang.

Il nous fait alors part de ses attentes et des nouvelles mesures mises en place. Chacun d’entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour […] C’est pourquoi, après avoir consulté, écouté les experts, le terrain et en conscience, j’ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire.” (4’35)

Il utilisera ensuite des procédés métaphoriques (thème de la guerre) et la technique de répétition.

“Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes. Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, et qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale. Nous sommes en guerre.”

La métaphore est un vecteur direct de suggestion à l’inconscient.

Dans ce cas précis la suggestion sera qu’en bon soldat, en bon patriote, le téléspectateur doit suivre les directives de l’état.

La répétition d’un mot ou d’une expression, quant à elle va permettre d’ancrer l’information plus profondément. Plus on nous le répète et plus on l’intègre, plus on l’accepte.

En utilisant plusieurs techniques à la suite, on surcharge le psychique ce qui fait tomber les différentes couches de défenses cognitives. Ainsi, la suggestion passe naturellement. Ces suggestions sont déroulées dans un ordre précis afin qu’au moment où les demandes arrivent, le téléspectateur soit dans l’acceptation consciente et inconsciente du discours.

Cela permet également de toucher un plus grand nombre car la sensibilité aux différentes techniques n’est pas la même selon les individus.

Pour être en mesure de communiquer tout cela avec précision, il faut être très attentif à ce que l’on transmet au niveau verbal et non verbal. On pourra alors remarquer quelques particularités :

Le ton et le rythme de la voix

Il est bien évident que le discours du président est écrit à l’avance et qu’il lit son texte sur un prompteur. Outre le fait que son regard soit fixe pendant tout le discours, on constate que les pauses ne se font pas à des endroits “naturels”, comme s’il attendait tout simplement la suite du texte. Mais en soi, cela ne change pas grand-chose, le débit est lent avec de nombreuses pauses ce qui crée un rythme hypnotique apaisant qui vient bercer le spectateur jusqu’au moment ou, pour solliciter un état plus attentif, le ton devient plus incisif et le débit plus rapide.

Cela permet tout simplement de suggérer quand être apaisé ou attentif, mobilisé.

La gestuelle

Les gestes ne sont, bien sûr, pas laissés au hasard, on notera que lors de ce discours les mains du président sont hors champ et qu’elles sont visibles uniquement lors de certains gestes. Assis à une table, les mains posées, le regard fixé sur le prompteur…cette position permet de mieux contrôler les mouvements réflexes, inconscients. Les gestes (certainement répétés, limite chorégraphiés…oui oui!!) tels que le poing levé, les mains montrant des directions, mais aussi la posture redressée, en avant, en arrière nous font passer des messages inconscients. Ils viennent comme souligner le mot, signaler une intention.

“ …tout notre engagement, toute notre énergie, toute notre force doivent se concentrer…” (3’39) Cette phrase est ponctuée d’un poing fermé à chaque mot “engagement”, “énergie”, “force” ce qui lui permet de communiquer sa détermination, mais également son autorité à faire respecter sa volonté, sa décision.

On remarquera sa manière d’alterner sa posture de l’avant vers l’arrière. Légèrement baissé vers l’avant, il transmet alors de la proximité et un sentiment de sécurité ( posture généralement accompagnée d’une intonation de voix plus basse) alors que redressé vers l’arrière, se tenant bien droit, les épaules ouvertes, il adopte une posture de puissance et parle au nom de l’état amenant à plus de respect (de la personne et des consignes) de la part des spectateurs.

Exemple à 3’45, le redressement lorsqu’il dit “Je vous le demande, respectons les gestes barrières…

Ce qu’il faut retenir c’est qu’un bon schéma gestuel aide à convaincre !

Le vocabulaire

Chaque mot est minutieusement choisi pour faire résonner en nous ce qui tient des croyances collectives intégrées profondément dans notre inconscient.

On remarquera premièrement l’utilisation répétée “des scientifiques ”, “des experts ”, qui donne de la crédibilité à ses propos et décisions, car dans l’inconscient collectif le scientifique possède l’intelligence et le savoir et se veut théoriquement apolitique dans le compte rendu des ses résultats (on aura tous déjà entendu cet argument : c’est les scientifiques qui le disent…).

Le fameux “Nous sommes en guerre ” qui a été répété 6 fois lors de ce discours et de manière plus générale le champ lexical de la guerre utilisé métaphoriquement amène à une mobilisation, une prise de conscience et un engagement plus profond.

De plus, on constate le ton posé, lent et le volume plus bas du “Nous sommes en guerre” qui viennent apaiser la teneur inquiétante du propos.

L’emploi de termes aussi forts, voire choquant pour certain, permet de préparer le téléspectateur à faire des sacrifices importants. Cette technique de “ peur-soulagement ” qui est plus une technique de communication pure que d’hypnose amène à la soumission et donc l’acceptation.

Nous sommes en guerre :  inconsciemment cela active des idées telles que la prise des armes, des bombardements, la violence… Mais au final, on nous annonce une mesure de “confinement ”. Le soulagement intervient et on accepte naturellement !

“ Confinement ” le tant attendu, mais absent ! En ne le nommant pas, les résistances éventuelles sont évitées. L’information est diluée dans la définition qui en ai  faite, il n’y a donc pas de point d’appui suffisamment solide pour étayer la résistance, l’opposition… on accepte alors les mesures prises plus facilement.

La combinaison de ces différentes techniques amène tout simplement le spectateur à acquiescer, à se mobiliser dans le sens souhaité par l’orateur. L’état hypnotique reste néanmoins superficiel, aucune chance que vous fassiez quelque chose de contraire à vos valeurs. Au pire vous serez, le temps de quelques minutes tout à fait convaincu par les propos tenus, sans être capable d’émettre d’objections. (c’est comme cela que les bons commerciaux vous font acheter ces objets dont vous n’avez pas besoin !)

Alors maintenant tendez l’oreille, ouvrez l’œil et soyez attentif lors des prochains discours.

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